Le mystère de la parole dans l'espace spirituel roumain

English Abstract

This paper is, in intention, a pleading to reinforce the concept of Romanian Christianity; that is in the sense of a Christianity (doctrine and tradition) of original, special type. This originality is given by a century-old process in the specific historical condition and proves that the Romanian cultural phenomenon is marked by the synthesis of the folkloric universe with christian spirituality. In this synthesis, the symbol's logic, the metaphor and the allegory represent a real knowledge instrument of the Romanian word's mystery. As an original kind of spiritual life, the Romanian Christianity is an experience in the world christian spirituality.



"Les valeurs du christianisme archaïque - dans l'horizon duquel on transfigure le rythme de la nature dans une liturgie cosmique, et la mort est conçue comme un mystère sacramentel- ces valeurs n'ont pas donné seulement de fruits mais elles sont encore vivantes dans l'expérience quotidienne du peuple roumanin" - - Mircea Eliade - Destinul culturii românesti (Le destin de la culture roumaine)

L'essai de trasser une aire entre les choses où le Mystère de la Parole de l'Eglise du Christ donne des fruits, on le considère, dès le début, comme une démarche qui éveille ou qui fasse croître la conscience des valeurs spirituelles propres et, cette démarche ne doit pas et ne peut pas être considérée comme une manifestation de filétisme [1]. Un tel essai est plainement soutenu par la liaison étroite entre la Théologie et la Mystique, entre la tradition doctrinaire et la spiritualité que l'Eglise Orthodoxe confesse. Dans la perspective de cette liaison, tant l'expérience personnelle que l'expérience collective de l'Eglise ont la même importance, car toutes ces expériences forment une tradition vivante, manifestation de la révélation ininterrompue du Saint Esprit dans l'Eglise, vie à laquelle chaque membre peut et doit participer de son mieux. Ayant un but toujours sotériologique - l'union avec Dieu - la tradition doctrinaire de l'Eglise nous apparaît comme homogène, malgrè la richesse et la diversité des expériences, unité dans la diversité qu'on conduit à une seule famille spirituelle où on témoigne et on reconnaît facillement, la parenté, bien que ses membres, personnes ou collectivités humaines, soient éloignés dans le temps et dans l'espace. La fausse humilité ne trouve pas sa place pour justifier une séparation de cette famille à cause de la manque de dignité. Personne et jamais, homme ou peuple, n'a été digne de participer à la vie de l'Eglise dans la mesure qu'on l'a consacré le Sauveur, c'est-à-dire qu'on ne peut pas parler d'une justification qu'on fait quelqu'un digne.

Mais Jésus-Christ, Lui-même, nous a consacré, nous a béni, nous a sanctifié et nous a donné ce ministère et Lui-même l'accompli par nous. Chaque Roumain, à son tour, et le peuple roumain, dans son ensamble, vient dans l'Eglise sans trouver son plaisir, mais pour y servir à l'oeuvre de Jésus dans le monde. D'ailleurs, il n'y a pas une autre voie pour le propre salut que donner ta vie, homme ou nation, à Jésus qui "nous a aimé et nous a lavés de nos péchés par son sang", il a fait de nous une royauté de prêtres, pour son Dieu et Père (Ap. I, 5-6). Si nous témoignons d'être et nous sommes "des travailleurs avec Dieu", nous n'entrerons pas dans le Royaume les mains vides: "Les peuples t'apportent la gloire, l'honneur et la puissance" (Ap. IV, 11).

En ce qui consiste "la gloire, l'honneur et la puissance" qu'a apporté et qui apporte le peuple roumain devant le trône de Dieu et surtout la mesure où elles individualisent le Mystère de la Parole dans son vie liturgique - celui-ci est le but de cette étude.

On considère, comme point de départ, le jugement de valeur que Simion Mehedinti met comme épigraphe de son conférance "Le christianisme roumain", soutenue sous la protection du Métropolite de la Bukovine, le 17 mars 1940, dans la salle du Théâtre National de Cernauti: "Un peuple, comme chaque homme, valorise autant qu'il a compris de l'Evangile, et autant qu'il peut suivre l'enseignement de Jésus - on y ajoute, à la quantité, la qualité: combien et comment il a compris l'Evangile, combien et comment peut-il suivre l'enseignement de Jésus". On en souligne parce que ce n'est pas l'aspect quantitatif, manifesté dans les réalités de l'histoire de l'Eglise Orthodoxe Roumaine, qu'on va intéresser, mais, c'est surtout l'aspect qualitatif qui nous intéressera, l'aspect qui tient aux essences qui n'envisagent pas le domaine ethnique et historique roumain, mais le domaine spirituel.

On observe, dès le début, que ce jugement de valeur pèse lui aussi sur les deux coordonnées du développement spirituel: "la compréhension de l'Evangile et la continuation de l'enseignement de Jésus, la théologie et la mystique. En les ayant en vue dans leur liaison par laquelle elles se conditionnent mutuellement - comme enseignement et expérience - le même Simion Mehedinti discerne et souligne quelques traits fondamentaux de vivre l'orthodoxie par les Roumains. La première, très significative parce qu'elle tient aux deux coordonées présentées, est exprimée ainsi: "Mettre quelqu'un sur le bûcher ou le tuer au nom de Jésus, massacrer des enfants, tuer des femmes et des vieillards, démoler des églises, incendier des villes et des villages, détruire des régions entières seulement d'une haine confessionnelle, cette folie ne sétait pas manifestée chez nous, entre nos frontières. Non pas parce que nous, les Roumains, nous serions un peu saints. Non."

Nous avons des défauts et nous en avons beaucoup. Au contraire, nous avons été très tolérants avec les croyances des autres, même que les chassés, considérés des hérétiques, ont été reçus chez nous, sans leur demander: "en qui et comment ils croient" [2].

Personne n'a contesté la vérité de cette chose, même si ceux qui étaient hostiles aux Roumains. Ceux-ci ont employé cette constatation pour discerner les traits négatifs de notre peuple, des traits qui la soutiennent, dans leur conception [3].

S. Mehedinti, dans son étude, trouve l'explication de la neutralité confessionnelle et de la tolerance des Roumains dans une autre constatation, un fait vérifié historiquement: "les Roumains n'ont jamais eu d'inclination vers la dispute autour des dogmes" (ce que dit, jusqu'à un certain point, V. Pârvan aussi, dans le passage mentionné) et, plus loin: "notre neutralité dans les probèmes confessionnels est le signe d'une réelle maturité spirituelle", acquise pendant une longue expérience historique. Et celle chose se lie surtout de trois circonstances: premièrement, de l'ancienneté du peuple carpatique - les autochtones de la Dacie représentent l'une des plus anciennes populations de I'Europe... La deuxième circonstance explicative est le niveau supérieur de la civilisation carpatique... Mais, plus significative c'est la grandeur de leur culture. Ce qu'avait ébloui beaucoup les colons grecs, qui avaient pénetré avec leur négoce dans le basin du Danube du Sud, c'était l'âme des autochtones et surtout leur religiosité, c'est-à-dire les affaires avec l'éternité" [4]. Ce dernier trait qui donne, à vrai dire, l'attribut de grandeur à la culture roumaine ancestrale, est souligné par Hérodot aussi, ce qui s'était montré ébloui par lui et il nommait les Gètes "immortels", et par Strabo qui disait: "C'est une chose dont personne ne peut douter et qui surgit de toute l'histoire des Gètes: leur zèle religieux a été, de l'éternité, le caractère prédominant de leur nature" [5].

En avancant dans le temps d'une valeur salvatrice, on trouve une autre circonstance qui explique la maturité spirituelle des Roumains: l'archaïsme du christianisme roumain et, après des recherches plus récentes [6], le fait que ce christianisme est d'origine apostolique. Les archéologues, mais surtout, les ethnographes et les linguistes prouvent d'avantage: "nous ne sommes pas seulement ici, au Danube et à côté des Carpates, le seul peuple auquel ni la géographie, ni l'ethnographie, ni l'histoire ne lui trouve un autre lieu d'origine, mais nous sommes dans le basin du Danube du Sud le seul people christianisé d'un coup, dès les premières siècles de notre ère" [7]. Une conséquence de ces ciconstances est une autre particularité de l'histoire des sentiments chrétiens d'ici: "la manque des contradictions entre l'Etat et L'Eglise, la collaboration, sans confrontation st sans contamination. Autant le césaro-papisme des empereurs de Bizance que le pape-césarisme de Rome et, plus tard, le tzarisme-papisme de Petersbourg, ont été et sont pour la conscience de tout chrétien impartial, un vrai enlaidissement de l'enseignement de Jésus - totalement étranger des préoccupations politiques" - conclut S. Mehedinti dans l'étude invoquée [8]. Un peu plus loin, it fait l'affirmation suivante: "Notre christianisme sauvage est resté à l'abrit des Carpates plus propre que celui des autres, c'est-à-dire, plus proche de la simplicité de celui prêché en Galilée" [9].

On y ciconscrit, sans aucun équivoque, l'aire sémantique d'un concept sur lequel on va s'arrêter tout de suite, à savoir le concept du "christianisme roumain". Qu'il s'agit, non pas d'un christianisme (dans les sens de vie liturgique) des Roumains, mais d'un christianisme (doctrine et expérience) d'une facture spéciale, le dit, bien clairement, le méme ethnographie: "... notre christianisme n'est pas seulement ancien, mais il a une spécificité locale, c'est-à-dire, originale, à cause d'une longue élaboration spirituelle" [10].

A côté des convictions de S. Mehedinti en ce qui concerne la facture originale du christianisme des Roumains, on cite celles d'un autre grand connaiseur des origines des civilisations, Mircea Eliade, qui, à côté de la confirmation de la thése de Mehedinti, il apporte bien plus a cette explication historique en ce qui concerne "la longue élaboration spirituelle" dont on vient de discuter. Voilà le texte qu'on le présente tout entier sans lui modifier le sens: "L'intervention des Ottomans dans l'horizon historique des Roumains n'a pas donné des fruits, de point de vue spirituel; elle a fait seulement que le monde se divise en deux: d'une part, les «chrétiens», c'est-à-dire les gens qui ont la même «loi» et la même «foi» - et, d'autre part, les «payens», les «intames», les «Turcs». Par rapport à l'Islame qui, dans les premiers siècles de l'Hégire, avait bien étendu sa domination dans l'Orient, sur les bords de la Méditerranée et dans l'Ibérie, tout en convertant avec la force les populations subjugées - le Ottomans eux-aussi convertis assez tard à l'Islame - ne se mêlaient que sporadiquement dans la vie religieuse des peuples avec lesquels its se battaient. Ainsi, à l'exception de quelques situations, les Principautés Roumaines, comme toute la Péninsule balcanique, ont pu garder intacte la foi des ancêtres. Cette tolérance religieuse des Ottomans a été, sans doute, un grand bien. Mais, d'une autre part, elle a eu aussi un grand aspect négatif. La manque de la tension spirituelle entre les deux religions a diminué les possibilités du renouvellement et de nouvelles synthèses culturelles de notre peuple. Les grandes adversités religieuses et idéologiques sont, d'habitude, fertiles de point de vue spirituel pour les deux adversaires, et l'Occident catolique ainsi que l'Inde brahmanique, doivent, indirectement, à la résistence contre l'Islame, les unes de ses créations les plus importantes. Mais, les Ottomans avec lesquels se battaient nos ancêtres n'étaient pas les Maures qui ont paré, défensé et pleuré la Grenade. "Envers le danger que representaient les Ottomans, les Roumains se sont bien fermés en eux, se sont approfondis dans leurs propres traditions spirituelles qui étaient non seulement latines et byzantinnes mais aussi pré-latines, c'est-à-dire gètes et thraces. Le résultat a été que le génie populaire, authentiquement roumain, a été enrichi de ce procès séculaire d'intériorisation. Mais, evidement, l'approfondissement des propres traditions spirituelles n'a pas pu donner des fruits que sur le niveau de la Création populaire, c'est-à-dire, sur le folklore" [11]. Donc, il s'agit d'un christianisme "sauvage", interpénétré par les valeurs du folklore dont le conservatorisme et l'archaïsme ont sauvé un patrimoine qui appartenait au christianisme en général, mais que l'évolution historique l'a modifié dans les autres domaines. Il convient de souligner que ces opinions, celles d'un ethnographe et celles d'un spécialiste dans l'histoire des religions, convergent vers une conclusion qui vise le christianisme des Roumains comme sentiment, comme expérience spirituelle collective dans la période où la culture des Roumains était de pourvue seulement de la solidarité avec l'univers folklorique. Cela justifie peut-être, ce "que" catégoriquement limitatif du texte de Mircea Eliade. On se demande si nos métropolites enseignés souscriraient, sans réserves, à ce "que", même pour cette période-là. L'humilité spécifique aux vivants roumains conseillerait de le faire, au sens de se considérer eux-aussi et leur démarche théologique et culturelle intégrés dans l'univers folklorique. À cette époque-là il n'y avait pas d'esprit positiviste dont, le même Mircea Eliade dit: "Dans l'époque immédiatement précédente à la nôtre - et qu'on pouvait nommée positiviste-matérialiste - la solidarité avec l'univers folklorique constitue, même pour la culture européenne moderne une vraie catastrophe. Si le romantisme a provoqué partout le goût pour les littératures populaires et pour les "génies nationaux", le positivisme, au contraire, a réussi à imposer la croyancé que toutes ces créations populaires appartiennent à l'archéologie spirituelle, qu'elles font partie du passé, abolit pour toujours, de l'humanité européenne et que, par conséquent, elles ne peuvent pas du tout servir aux créations cultes" [12].

Par eux, le folklore authentique, marqué par l'ancienneté, d'une longue élaboration spirituelle, n'était pas, en lui-même, une modalité inférieure de création et "l'archéologie spirituelle" contenait les vérités évangeliques et elle ne pouvait pas être intégrée dans un passé qui demandait à être aboli. On prouve qu'il est ainsi, le fait que la culture roumaine présente un phénomène qu'on peut le considérer à être caractéristique, exceptionnellement comparatif à toute la culture européenne, à savoir celui que l'oeuvre intégrale de ses clercs est accessible, tant par la longue et par son contenu d'idées que par l'orientation estétique, à tout paysan roumain. On y énumère non seulement les métropolites Varlaam, Dosoftei, Antim Ivireanul, mais aussi Ion Creanga. Quand on dit "accessible", on ne pense pas à la lecture, parce que le paysan, même quand il sait lire et écrire, il reste solidaire avec la littérature orale, mais on pense au fait que leur oeuvre peut être écoutée et goûtée par les paysans avec la même joie dont ils écoutent les créations populaires. Le mystère de la parole évangélique a nourri dans la culture roumaine la parole comme manifestation culturelle de sorte que tout ce qui est pérennant dans cette culture est marqué par elle. Notre christianisme "sauvage" a enfanté les chefs-d'oeuvre de la lyrique et de la ballade roumaines "Mioritza" et "La légende du Maître Manole", mais lui avec sa langue "ancienne et intelligente"', il a nourri l'univers spirituel d'où est né le porte-épée du prince régnant, Milescu, dans le XVIIe siècle, Dimitrie Cantemir, dans le XVIIIe siècle, M. Eminescu et B. P. Hasdeu dans le XIXe siècle, N. Iorga, V. Pârvan, Nae Ionescu, Lucian Blaga, Constantin Noica, M. Eliade, Petre Tutea et le Père Staniloaë, dans notre siècle.

Ce phénomène culturel, marqué de la synthèse de l'univers folklorique et de l'univers de la spiritualité chrétienne est loin d'être considéré une catastrophe, de tout point de vue d'où il serait regardé. Au contraire, cette synthèse fait que "la logique du symbole", la métaphore et l'alégorie soient dans le mystère de la parole roumaine un instrument de connaissance, par excellence; en lui, le cosmos ne s'est arrêté aucun moment d'être la création de Dieu, et les rythmes cosmiques soient conçus comme une liturgie cosmique, ainsi que la perception chrétienne de la nature dans toute la culture roumaine représente elle-aussi un trait caractéristique.

Dans la "Mioritza" roumaine, la plus complexe et la plus profonde dans les significations de toutes ce qu'on a été réalisées dans l'espace ethno-folklorique balcanique, la mort est valorifiée comme des noces et l'homicide en soi se passe à "une bouche de paradis" ("au beau paysage"), c'est-à-dire, comme toute lutte pour survivre dans la nature, elle n'empêche pas le Roumain d'entrevoir le Paradis. Quelque part, le même Eliade soulignait le principe suivant d'évolution dans l'histoire des cultures et des civilisations: "une culture a d'autant plus de chanses de devenir universelle qu'elle se met plus courageusement le problème de la Mort". Le Roumain qui a modé1é "Mioritza" ou celui qu'elle avait modélé ne s'intéresse pas trop à l'universalité de notre culture mais au fait que la mort, transforrnée dans un mystère sacramental par la liturgie cosmique des éléments que l'entourent, est le signe sûr d'un passage utile dans ce monde, sans faute. Le rythme prosodique de "Mioritza" coule parmi les psaumes du Métropolite Dosoftei avec une identité impressionante de message.

Voilà quelques exemples:

Domnul statu crai în lume
Ca i s-au vestit svînt nume,
Pentru vesmânt de podoaba
Ce s-au imbracat la hoarba
Si s-au încins cu tarie
Pre-asezamânt de craie.
S-au pus lumii sprijineala,
Ca sa stea fara sminteala
Scaunul tau, Doamne Svinte,
Este gata de mai-nainte,
De la veci de când te-asteapta
Pe craie asezata.
Le Seigneur restât roi dans le monde
Qu'on lui annoncé un nom saint,
Pour des beaux vêtements
Qu'on les a habillés
Et on a entouré de la puissance la taille
Sur établissement de l'empereur.
On les a mis au monde comme aide,
Pour rester sans faute
Ton trône, Seigneur Saint,
Est prêt d'avance,
De l'éternité depuis quand il t'attend
Assis dans le Royaume.
Parauale tare striga
Toata lumea sa se strânga,
Si apele cele mare
Radicara urlet tare,
Cât din tarmuri dau afara,
De rasuna peste tara.
Minunata-i unda marii,
Ce-i mai mare craiul tarii
Ca pre tot craiul potoale,
Ca spuma marii cea moale.
Si tu, Doamne si crai Svinte,
Ît esti crezut pre cuvinte,
Si casa ta este svânta,
De custa-n veci fara smânta [13].
Le ruisseau crie
Que tout le monde s'assemble,
Et les grandes eaux
Urlaient fortement,
Qu'elles débordent,
Qu'on résonne partout.
C'est merveilleuse l'onde de la mer,
Mais, c'est plus fort l'empereur du pays,
Qu'il calme tous,
Comme l'écume molle de la mer.
Et toi, Seigneur et Empereur Saint,
Tu es digne de foi dans tes paroles,
Et ta demeure est sainte,
En la longueur des jours.
ou
Domnul este tare,
Este-mparat mare
Peste tot pamântul
Si-s tîne cuvântul [14].
Le Seigneur est fort,
Grand roi sur toute la terre

Et il tient sa parole.
ou
Domnul este mare,
Laudat si tare
Mai cu de-adins este
Laudat cu veste
De-a lui bunatate,
În svânta cetate
Din magura svânta,
Ce sta fara smânta.
Cetate frumoasa
De piatra vârtoasa
Bine-ntemeiata
De Domnul gatata
În tara-i vestita
Câtu-i de tocmita [15].
Le Seigneur est grand,
Loué et fort
Il est plus loué

Pour sa bonté,
Dans la sainte citadelle
De l'horizon saint
Qui reste sans faute.
Belle citadelle
De grosse pierre
Bien fondée
Par le Seigneur, terminée
Dans le pays annoncée
Combien est-elle achevée.

Entre l'Empereur David et le métropolite roumain il y a non seulement des siècles mais aussi un espace géographique et culturel. Yahvé d'Israël, auquel s'adresse avec humilité le psalmiste, est descendu en même temps avec l'Incarnation de Son Fils Unique et il est devenu dans le christianisme roumain "empereur dans le monde" auquel "on a annoncé un nom saint", "un empereur saint", "qui est cru dans ses paroles" et dont la demeure est "sainte", "dans l'éternité, sans faute". Essentiellement parlant, dans ces attributs se trouve les valeurs perennantes du sentiment roumain ce qui n'a pas été et ne peut pas être (même s'il ne le reconnaît pas) que chrétien: le bon nom, la valeur de la parole, la maison puissante, avec son sens large "sans faute", "une demeure pour le roi". Tout est humanisé dans une voile de légende qui fait de la sainteté, l'union avec Dieu, avec toute l'humilité sincère qui permet à l'homme de se sentir deifié. La relation du christianisme roumain avec le Dieu qu'il témoigne est montrée dans quelques vers du Psaume 70:

Sa-mi fii Domn si sprijineala,
Si stânca despre navala,
Si razam, si nazuinta,
Si sa-mi fii si mântuinta,
Sa ma scot de mâna strâmba
Si sa-mi iei raul din gârba.
Sois pour moi, Dieu et aide
Un roc hospitalier
Toujours accessible
Et aussi ma rédemption
Delivre-moi de la main de l'empie
De la poignée du fourbe et du violent.
Ca Tu-mi esti agiutori tare,
Si-mi vei împlea de cântare
Rostul de ti-oi lauda-te,
De slava, de bunatate,
Si de mare cuviinta,
Toata ziua cu credinta" [16].
Car c'est toi mon aide puissante
Et tu rempliras ma bouche de ton chant
Ma bouche est remplie de ta luange/
de gloire et de bonté,
Et de grande bienséance,
Tous les jours, avec croyance.

Simplement, sans subtilités casuistiques, l'homme pour lequel Dieu est "aide" parcourut le chemin du salut, étant sorti de la main "torte" jusqu'à ce qu'il arrive à être rempli de chant".

Le Roumain se sent rempli de chant surtout dans l'espace temporel qui inclu une fête, espace dans lequel le chrétien roumain voit le ciel s'ouvrir et les armées célestes bénir le cosmos. Peut-être le bien spirituel le plus pérennant des Roumains est cette "vision" de l'air de fête chrétienne [17], et elle se manifeste par une série de coutumes et de traditions que nos folkloristes ramassent avec passion et éblouissement qui croît une fois avec notre éloignement du filon archaïque qui nous est matrice culturelle. Il faut souligner une chose: dans toutes ces coutumes le mystère de la parole est le coeur du rituel. On dit le mystère de la parole car un mystère accompagne toutes les invocations et toutes les évocations faites par des hommes spécialement élus de la communauté, dignes de les faire, et ce mystère tient surtout du coeur théologique qui manque très rarement de ces textes anciens. On va exemplifier, tout d'abord, par une coutume qui, par son rôle, est loin d'être nommée chretienne - la reunion des jeunes gens de la veille du Nouvel An (le 44 "vergel"'). Comme signalait déjà le père Simion Florea Marian, l'espèce la plus ancienne de "vergel" (baquette) avait pour but la prophétie de la chance pour l'année prochaine, la deuxième était fêté par les jeunes filles pour la prophétie du fiancé et la troisième serait le Réveillon de notre temps, avec le sens de distraction pour le Nouvel An. Dans les deux premières formes, le coeur de la coutume réside de la sortie des signes jetés par chaque invité dans un petit baquet plein d'eau vierge. Cela est fait par un garçon de 10-13 ans qui est accompagné par un "autre homme qui a langue bien pendue", qui s'appelle "vergelator" ou messager pour le Nouvel An" [18]. Il est significatif le fait que le "vergelatorul" parle mais celui qui est suis pour sortir les signes, reste, comme âge, au croisement de la pureté des enfants et de la turbulence de l'adolescence - le rituel n'étant pas digne des yeux d'un enfant. Voilà que l'invocation du "vergelator" a, dans les certains lieux, le réfrain "Irodia, Seigneur" - expression difficilement à expliquer mais pleine de sens obscures: "Qui arrive et qui passe? Irodia, Seigneur!".

Dans les espèces de "vergel" plus chrétiennes, le texte du "vergelator" s'enrichit dans les invocations vers Dieu et vers les personnes saintes, bien que les baguettes "les vergelele" avee lesquelles se réalise le rituel de la sortie des signes, restent. Pour sa beauté, on présent un texte de Somcuta Mare par lequel le "vergelator" invite une jeune fille au "vergel": " - Premiérement c'est la parole de Dieu, deuxièmement celle des douze Apôtres, puis celle de la Mère de Dieu, toutes choses sont données par Dieu. Ainsi ditent les jeunes hommes de ce village. On rend grâce à Dieu d'être arrivé à cette fête de Nouvel An. Pour la joie de ce grand festin, nous avons décidé de faire une distraction, un «vergel», chez N..., à laquelle, par nous, vous êtes invités, vous aussi, cher hôte, de nous donner votre jeune fille d'y participer. Crions à Jésus-Christ de donner à nous tous de la chance. Pardonnez-nous, cher hôte, de ne pas savoir bien parler comme il en faudrait aux gens de votre taille!". À ces paroles, le hôte répond: "Que Dieu nous donne de la chance; venez et prennez place!" [19].

La parole est le feu qui chauffe et annime un tel texte, dans une gradation qui envisage toute une théologie: premièrement c'est "la parole de Dieu", puis celle de douze Apôtres et après, la parole de la Sainte Vierge. Par cette parole, les jeunes hommes du village arrivent à avoir eux-aussi une parole de réponse et celle-ci ne peut pas étre qu'une parole de rendre grâce à la divinité. Après avoir demandé la fille que les jeunes hommes tournent vers la Troisième Personne de la Trinité pour lui adresser une demande en ce qui concerne leur avenir et celui de la fille invitée: "Qu'il donne de la chance à nous tous". Le Seigneur Jésus-Christ a montré qu'il peut comprendre et bénir une liaison humaine comme est celle des noces, et le Roumain croît que, en ce qui concerne au moins les noces, "ce que t'est écrit, c'est mis sur ton front". Il demande seulement de la "chance", quelque impure que soit, de point de vue doctrinaire, une telle demande.

On doit aussi remarquer que la fin fréquente des textes populaires de cette sorte, regarde la partie esthétique du discours - pas négligée chez un Roumain. D'où la préoccupation pour la forme versifiée du discours. Qu'une telle forme n'est pas trouvée seulement pour la facilité de la mémorisation, mais elle est une partie du mystére de la parole dans le langage rituel populaire où l'inéffable poétique et la modulation jusqu'à l'àphorisme de l'expression est un signe d'une longue est responsable é1aboration spirituelle, le montre, au-delà de toutes autres preuves, le Psautier en vers du Métropolite Dosoftei qui est né d'un besoin intérieur de l'auteur pareil à celui de tout eréateur anonyme [20]. Ce besoin tient de l'essence de la poésie comme acte de soumission, comme précise Constantin Noica: "L'essence de la poésie apparaît alors dans l'acte d'écouter, de reçevoir un message de te soumettre à la parole de sorte qu'on ne la dit pas: qu'elle se dit toute seule. C'est dans l'essence de la poésie le fait de provoquer, à la limite, le Dieu, de parler la langue de ton peuple" [21].

Mais, la vérité des choses présentées, en ce qui concerne le mystère de la parole dans les coutumes, est plainenient montrée surtout dans les coutumes pures chrétiennes et, tout d'abord, dans les noëls. Tout d'abord, on doit remarquer la richesse de sens du mot "noël" ("colinda" - nom qui signifie, en même temps, l'action de porter un message et le message proprement dit22. Un chanteur de noëls est, en fait, un κήργζ, un parlant autorisé, un héraut qui porte toutes les marques de l'espèce, marques qui ont l'origine tant dans la civilisation grecque que dans la civilisation judaïque; de leur synthèse, le feu de la parole évangélique a enfanté le prédicateur chrétien, l'annonciateur de la bonne nouvelle, annimé par le message qu'il porte jusqu'à ce qu'il le crie "sur de toits" [23]. Or, la bonne nouvelle est entrée dans le monde une fois avec l'Incarnation du Fils de Dieu et c'est pourquoi "le temps le plus employé pour chanter les noëls est le jêune du Noël [24]. Une vaste littérature de spécialité (ethnographie et folklore) s'occupe, dans les dernières décennies, du noël chez les Roumains en suivant surtout les aspects essentials pour ce point de vue. On ne s'y intérresse pas au nombre des variantes. au degré et à la manière de la variabilité dans le temps et dans la sphère géographique, etc., mais au contenu théologique des noëls, au mystère de la parole qui est montré par eux.

Dans cc sens, on les considère à étre la plus subtile et importante synthèse entre l'univers folklorique et la spiritualité chrétienne. Cette synthèse constitue une modalité de prédication de l'Evangile, une modalité absolument originelle qui individualise en soi le christianisme roumain. Les notes de l'originalité consistent dans la forme versifiée, dans la forme de prédication et, surtout, dans la modalité folklorique, mais plainement justifiée de point de vue doctrinaire dont le message evangélique est chanté. On va s'arrêter sur le dernier aspect. En premier lieu, on souligne qu'on chante les noëls non pour annoncer les gens que Jésus est venu dans le monde comme s'ils ne le sauraient pas encore. Il s'agit d'une kérygme speciale; les chanteurs de noëls constatent si Dieu se trouve dans leur maison ou non. S'il y se trouve, alors ils leur annonce le coeur de la bonne nouvelle, qui consiste dans la Crucifixion et la Résurrection du Rédempteur pour le salut du monde. Le message des noëls est toujours complet mais les uns s'arrêtent sur un fragment de l'histoire du salut. On passe du fil épique, comme dans les ballades, d'un coup, vers la nouvelle de la Résurrection et de la victoire sur la mort qui a apporté Christ. On en exemplifie avec un noël du village Gura Humorului, la variante pour "La forêt du paradis":

Noi umblam si colindam

Da nu-mblam
Nici de-un rau
Ci catam
Pe Dumnezeu
Si-aicea ca l-am catat
Si-acolo ca l-am aflat
Mâtîtel
Si-nfasetel
Fasa dalba de matasa
Pe-mprejur cu aur trasa,
Cu scutic de arsinic,
Cu titia de argint,
Cu canafi pâna-n pamânt
Cum n-am vazut de când sunt.
Fata dalba de matasa
Sede cu Hristos la masa,
Cu Hristos, cu Sfântul Petrea
Cu sluga lui cea dreapta,
Slug-afara c-a iesit
S-a uitat la rasarit
Si ce-a vazut s-a-ngrozit
A vazut cum a intrat
Iuda-n rai si l-a pradat
Nous allons et chantons des noëls

Mais nous ne vous faisons aucun mal

Nous cherchons Diu

Ici nous l'avons cherché
Làbas nous l'avons trouvé
Tout petit
Tout habillé
D'une lange de soie
Bien dorée

D'une couche d'argent
Avec des glands jusqu'à la terre
Comme je n'ai jamais vu.
Un visage tout blanc, de soie
Reste avec Christ à la table,
Avec Christ, avec Saint Pierre
Son bon serviteur.
Le serviteur est sorti dehors
Il a regardé vers l'Orient
Et cc qu'il a vu, l'avait épouvanté
Il a vu entrer Jude
Dans le Paradis et le voler.
Si apoi ca s-a-nturnat,
Domnului de stire a dat.
Dumnezeu l-a întrebat:
-Da' el din rai ce-a luat?
-Ulcicuta cea de vin,
-Lingurita cea de mir,
Scaunul judetului,
Ciubarul botezului
Si-acuma cata-n una
Crucea si lumina
-Du-te, Petre, alearga, Petre,
Si ia turnul si-l tuneaza
Ca Iuda s-a spaimânta
Si ce-a furat a lasa!
Puis il est rentré en annonçant
le Seigneur.
Dieu lui a demandé:
-Qu'est ce qu'll pris du Paradis?
-Le petit broc à vin
-La petite cuiller du Saint Chrême
La chaise du j'ugement,
Le bassin du baptêmc
Mais, à présent, il cherche
toujours / La croix et la lumière
-Va, Pierre, cours, Pierre,
Prends le canon et le faire tuer
Que Jude va s'épouvanter
Et ce qu'il a volé, va laisser.

Dans les autres variantes, comme est celle de Vama, Saint Jean, "le parrain de Dieu", reste dans "les bras de son filleul", boit et il est gai en oubliant ouvert le Paradis. La Sainte Vierge est celle qui courut et "tonne", Jude laisse tout ce qu'il a volé et court de nouveau aux Enfers.

Au-delà de l'alégorie sur laquelle est construit ce noël, il donne l'une des plus subtiles formes pour la voie du salut, "la bouche de paradis" des ceux dans la maison desquels les chanteurs de noëls ont trouvé Dieu au coin des icônes ("la-bas qu'ils l'ont trouvé"), "la petite cuiller de vin" (L'Eucharistie), "la petite cuiller du Saint Chrême" (L'onction du Saint Chrême ou la Confirmation), "la chaise du jugement" (La Pénitence) et "le bassin du baptême" (Le Baptême). Ces choses se sont essentielles dans notre coin de paradis expérimenté sur la terre. Ce paradis spirituel devient paradis vu dans une autre forme de noël, une variante de Reuseni: "Ce-i mai bun? / Quest-ce que c'est meilleur? / Ce-i rai-ul pe ist pamânt? / Qu'est-ce que c'est le Paradis sur la terre? / Raiul este primavara / La Paradis c'est le printemps/ Când înverzesc toti câmpii / Quand tous les champs verdissent / Si înfrunzesc copacii / Et les arbres dennent les feuilles / Si înfloresc florile / Et les fleurs fleurissent / Si-mpodobesc luncile/ Et embelissent les prés/ Luncile / Les prés / Dumbravile / Les taillis / Si toate padurile / Et toutes les forêts."

Dans les noëls, il y a un melange entre le divin et l'humain, entre le terrestre et le transcendent dans une forme si ravissante et subtile, en même temps, comme seulement la parole pleine de mystère peut l'être.

On remarque la logique du symbole dont on vient de parler. Il opère, dans cette situation comme une véritable forme de connaissance. Le sacrifice du Rédempteur, "la croix" et "la lumière" de la Résurrection sont, dans le noël présenté, des biens qu'aucun Jude ne peut pas les voler du paradis apporté dans le monde de "notre époque" par la bonne nouvelle.

Le sacrifice volontaire de soi avec valeur créatrice traverse, comme un fil rouge, la synthèse culturelle roumaine. Dans la "Mioritza", l'acceptation de la mort est un sacrifice volontaire de soi auquel on donne le sens des noces, c'est-à-dire qu'elle a comme conséquence la récupération de la valeur suprême - la réconciliation avec Dieu, dont le commendement est transgressé par le homicide, et la réintégration dans un cosmos sanctifié liturgiquement. Dans "Mesterul Manole" (Le maître Manole) le sacrifice est créateur de temple comme une forme d'éternité, lieu théophanique, centre cosmique, ciel mystérieux, espace sacré où "chaque forme commence à parler, pour que tout devienne chant, liturgie [25]. Il est significatif l'aspect suivant montré par Ana Blandiana, qui découvre l'existence d'une variante de la 1égende du Mesterul Manole parmi les temples exotiqnes de la mort de Samarkand:

"Mais, comme dans les variantes baleaniques, dans Uzbekistan, la légende n'était qu'une légende de l'amour, du sacrifice de soi, de l'amour sans conditions - le corps de la jeune femme amoreuse s'était assis tout seul, comme une brique bénévole, aux fondements des murs émaillés en bleu. Chez nous, l'accent a été porté du féminin sur le masculin, dans une torsion de ton qui transforme le chant d'amour dans une tragédie de la foi" [26]. Dans les Psaumes du Métropolite Dosoftei (aucun lecteur de bonne foi de ces hymnes ne peut pas les nommer à appartenir à David), le sacrifice de soi est, tout d'abord, la manifestation de "que ta volonté soit faite" du Notre Père, la livraison totale à Dieu, "l'âme vaincue", "un coeur brisé et broyé" (Ps. 50); en même temps "des sacrifices justes" sont "des gimblettes et des offrandes / comme Te plaisent, du vin et du pain, du beurre et du blé doux, et des veaux nous t'apporterons sur les autels". Du sacrifice symbolique, mystique, le Roumain parcourut "sans faute", l'abîme vers le sacrifice du, avec lequel il vient simplement, rustiquement, en emplissant les tables de nos églises. Le sacrifice pour la Résurrection est aussi la méticulosité avec laquelle le Roumain orne de dessins les oeufs pour les Pâques, "des oeufs peinés" [27], des objets mortels atteint par l'éternité par la puissance eréatrice du sacrifice qu'ils signifient. Dans nos traditions, tout objet qui a participé n'importe pas comment à la préparation d'une fête, surtout aux Pâques, ou d'une coutume chrétienne, acquiert une puissance guérisseuse, est béni et, par conséquent, sorti de son destin de chose inutile" [28].

Un travail sacrificiel est la forme poétique des textes par lesquells les Roumains célèbrent le mystère de la parole.

On a bien insisté pour consolider l'idée que le phénomène culturel roumain représente, à l'origine, une synthèse profondément originelle entre l'univers folklorique et la spiritualité chrétienne. On va montrer comment le mystère de la parole a marqué cette synthèse dans la pratique culturelle de la vie liturgique des Roumains. On va suivre le point de vue qualitatif, par l'analyse des éléments spécifiques, et non pas le point de vue quantitatif, de l'histoire de l'homélie dans l'Eglise Orthodoxe Roumaine.

Ce qu'on peut dire avec certitude est le fait qu'un sentiment (un mode de vie) chrétien qui a tendu vers le christianisation du cosmos et qui a pu ciseler des bijoux d'essais dogmatiques comme sont les noëls, ne pouvait être que celui où Dieu travaille parce qu'il est prêché. Mais, selon la parole de Saint Apôtre Paul (Rm. 10,14) "Et comment entendre sans prédicateur".

Les "grands monts" de "Mioritza" sont ceux qui célèbrent "les noces cosmiques et ceux-ci sont les prêtres que le Roumain les voit ainsi", "grands monts" dans le microcosme de son existence. Si on pense à la valeur de document indubitable que représente un poème lyrique et épique d'une telle importance dans une culture comme est la culture roumaine, document où le language alégorique, la logique des symboles reçoivent des interpretations dans la réalité existentielle, alors seulement ce vers: "Des prêtres, monts grands" de «Mioritza» montre la place du prêtre dans le christianisme roumain archaïque. Est-elle restée la même dans l'évolution historique? La réponse est, malheureusement, négative. Pour en voir celà, on doit s'arrêter à l'un des Prêches du Métropolite Antim Ivireanul, à savoir "L'enseignement à 8 Novembre, au jour de L'assemblée des Saints Anges". C'est un prêche complexe fondé sur le texte biblique: "Gardez-vous dc mépriser aucun de ces petits" (Mt. 18, 10), noyan biblique que le Métropolite le met devant son prêche, comme était l'habitude, et forme sur lui son enseignement. Après une introduction, suit une invitation où il n'est pas difficile de retrouver des échos du cérémonial de l'nvitation de nos coutumes populaires. La présence d'une telle "invitation" ("pohtiri") dans le prêche des prêtres roumains paraît qu'elle était non seulement naturelle mais aussi nécessaire pour que le prêche soit une partie du mystère de la parole qui se cé1èbre dans l'église at à son extérieur: "En laissant aux autres sages et enseignés de fêter l'Assemblée des Bienheureux Anges, ce que fête aujourd'hui l'Eglise de Dieu, que l'un des pécheurs vienne au repentir, qu'il y aura une grande joie au ciel pour un pécheur qui va se repentir, entendez avec amour si vous voulez en profiter" [29].

Voilà maintenant, le commencement du prêche propement dit: "Il y a deux sortes des gens: les premiers sont les pauvres et les seconds, les prêtres". "Les grands monts" sont arrivés "petits", parmi les opprimés des hommes, Le Métropolite sait que "les prêtres sont sans pareils et après Dieu, il n'y a personne sur la terre et au ciel qui soit comparable à eux; par rapport à Dieu ils sont plus petits et par rapport aux hommes, ils sont plus grands. Ils ne sont pas d'anges, mais pour le don qu'ils ont, ils sont plus grands que les anges [30]. Il connaît la condition du prêtre que le monde raille et en fait l'apologie comme il n'y en a une autre dans la littérature chrétienne. Voilà un text seulement de cette apologie: "Les anges peuvent interceder, les saints, prier, les justes, s'humilier, la Mère de Dieu, interceder pour que cet indigne prenne le pardon de ses péchés; mais aucun des saints ne peut le délier de ses péchés. Cela, à cause que la puissance de lier et de délier n'est pas donnée aux Bienheureux du ciel, mais aux prêtres, les hommes, sur la terre... Que dites-vous les zélés, que les prêtres sont méchants et péchent. Il est vrai, moi-même, je dis qu'ils péchent. Seulement ceux qui sont considérés pécheurs peuvent vous bénir. Ceux-ci vous font du Baptême, vous donnent le don du Saint Esprit. Ceux-ci brisent la chaîne de vos péchés. Ceux-ci font de vous des amis de Dieu. Ceux-ei vous donnent le Corps et le Sang du Seigneur. Ceux-ci intercedent par leurs prières et vous aident dans vos maladies, dans vos besoins, pendant votre vie, à votre mort at après votre mort" [31].

Ce texte montre aussi le rôle du prêtre dans l'Eglise de ce temps-là. Où se trouve "le mystère de la parole" dans le ministère du prêtre décrit dans ce texte? Sans doute, il y se trouve partout. Faire des amis de Dieu, c'est l'oeuvre de la parole mystique et du mystère de la parole, par excelence [32]. L'anonymant et le silence comme signe de l'humilité et de la piété roumaines, ont scellé aussi l'oeuvre par laquelle les prêtres roumains ont célébré, dans des petites églises, mais intimes, souvent d'un seul bois, le mystère de la parole, comme ils n'ont pas gardé le nom de beaucoup de saints, de peintres et de fondateurs d'églises [33]. Mais, Les Prêches du Métropolite Antim, eux mêmes bien que prononcés devant les Princes et les boïards, dans des églises princières, disent beaucoup sinon tout de la synthèse homilétique de l'Eglise Roumaine. On considère cette synthèse originelle à cause de quelques traits caractéristiques. Un premier trait est celui de la structure du prêche, dépourvu des limites méthodologiques. Le prêche coule du texte évangélique comme d'une source vers la prière de la fin, comme dans un rivage, avec le même naturel que les fleuves qui ramassent les eaux, de la source vers la mer. On y voit la personalité du parlant, dans une manière spécifique à l'espace culturel roumain, comme, en lisant les contes de Ion Creanga, on voit les traits de caractère. Il n'y a rien de sacheresse d'un bâtiment écolier, et ce qu'on provoque l'intêret n'est pas la rigueur de l'argumentation logique, qui est aussi une chose importante, mais le style coloré et la vie avec laquelle sont annimés, comme dans une conte, les personnages bibliques apportés sur la scène pour y témoigner. Dans les prêches du Métropolite Antim comme dans ceux du prêtre de l'Eglise, probablement, ils parlent avec la couleur de leur temps et de leur espace, pas par des citations séches, soient-elles même de l'Ecriture, auxquelles un exégète de bibliothèque tourne les mots n'importe pas comment. Sous nos yeux, un nouveau monde pittoresque naît que personne n'ose juger avec des critères humains habituels (Dans le même prêche, le Métropolite se souvient de l'ivresse de Noé, en conseillant au respect pour nos pères spirituels, et it conclut: "Cette chose a dit le vieillard Noé et jusqu' aujourd'hui et dans l'éternité sera maudi le peuple de Ham").

Les questions "rétoriques" sont pareilles à celles avec lesquelles un narrateur populaire entretient l'attention de son auditoire et le fait participer au développement de la narration. Voilà un seul exemple du même prêche: "Qu'y viennent maintenant les empereurs et les puissants de la terre pour sauver cet indigne de la mort. Mais pourquoi les empereurs et les puissants? Qu'y viennent les anges du Paradis, les chérubins avec beaucoup d'yeux, les séraphins avec six ailes, les Trônes, les Puissances et toutes les arinées pour voir s'ils ont assez de puissance. Laisse prendre avec eux, comme aide, les armées des saints; laisse courir les martyrs, les Apôtres, laisse presser les pères, les justes, les prophètes, les patriarches; on peut les accompagner même la Sainte Vierge, la reine des anges et des hommes. Qu'en pensez-vous! Croyez-vous que toute cette armée céleste et tous les saints puissent délier la liaison des péchés qui conduit l'âme de celui qui est tombé mort, aux Enfers?" [34].

Les images de la nature, les comparaisons plastiques viennent compléter les idées qu'il soutient. Dans ce sens, it est remarquable le texte suivant du prêche de L'annonciation dans lequel le Métropolite conseille ses fidèles de fréquenter les églises et de partager, surtout à ceux de chez eux, les enseignements y acquierts: "Et quand on sort de l'Eglise, n'en sort pas vide, mais il faut faire comme le hérisson: quand il va au vignoble, tout d'abord il mange lui-aussi jusqu' à la saturation et après il secoue la vigne pour que les raisins tombent; il se roule pour ramasser dans ses piquants les raisins que les amènent à ses petits. Ainsi, qu'on amène, chacun d'entre nous, à nos enfants et à tous ce qui ne sont pas allés a l'église, les paroles que nous avons entendues de l'Evangile ou d'autres livres, pour les nourrir avec le manger spirituel [35]. Dans "Le prêche au saint Démètre", il décrit l'orage sur la mer et l'effroi des navigateurs, dans un tableau dantesque d'une force accablante [36], pour que dans le prêche "Aux Apôtres Pierre et Paul", il babille en poésie, le soleil et la lune [37].

Des échos du Hexaéméron du Saint Basile le Grand, avec toute sa leçon d'homilétique, se trouvent dans les prêches d'Antim Ivireanul. Quand on lit le passage suivant: Pourquoi, en étant tant de péchés dans le monde, qui devaient être pardonnés par le Fils de Dieu, on n'a pas dit: "Qui enlève les péchés du monde mais «le péché». Et, de nouveau, en disant «le péché» indéfini, qui était ce péché du monde qui Jésus dût détruire et laisât les autres?", on se souvient de la leçon du "jour un", "commencement" et d'autres avec lesquels Saint Basile a nourri l'Omilétique orthodoxe de partout et de chez nous.

Le "Grand Zlataust" est souvent mentionné et cité à côté de "Saint Ephrème le Syrien", "le divin Théophilacte" et d'autres Saints Pères de l'Eglise Orthodoxe.

Le prêche roumain a été, en effet, d'origine patristique, sur laquelle se sont greffées les valeurs du filon épique, lyrique et folklorique roumain, en donnant naissance à une synthèse homilétique unique dans son originalité.

En elle se voit et se célèbre le mystère de la parole qui peut faire des hommes des amis de Dieu et peut christianisé le cosmos.

Endnotes

[1] L'opinion selon laquelle quelqu'un voudrait bâtir l'unité d'une Eglise locale sur un principe politique, ethnique ou culturel est considérée par l'Eglise Orthodoxe une hérésie nommée filétisme dans les Actes du Concile de Constantinopole d'août-septembre 1872 ("Mansi", coll. Concil., t. 45, coll. 417-546).

[2] Simion Mchedinti - Soveja - Le christianisme roumain, annexe à la Recherche ethnographique du people roumain, Cernauti, 1940, p. 24-25.

[3] D. Draghicescu dans De la psyehologie du peuple roumain, Bucuresti, 1907, p. 473, considère que la manque des guerres confessionnelles et des persécutions pour des croyances religieuses dans l'histoire des Roumains est une particularité qui naît de "l'indiférence et du fatalisme qui représentent les traits les plus clairs qu'on peut détacher de notre âme et de notre caractère". M. Ralea, dans les Valeurs, Bucuresti, 1935, p. 89, est plus dur dans les affirmations. Le Roumain n'a rien de sacre, ce qu'on peut traduire qu'il ne respecte aucune valeur spirituelle devant les instincts logiques". Mais l'opinion considérée par S. Mehedinti comme étant la plus radicale des jugements de valeur de cette sorte c'est celui de V. Pârvan de son étude, Pensées sur le monde et sur la vie, dans le volume Les Grecs-Roumains du Pont gauche, p. 11: "L'homme simple (le paysan) n'a presque aucun désir pour son âme. Sa vie lui reste manquée de prix comme la nature où il vit; comme il ne peut pas se réjouir de quelque chose que l'entoure, mais il regarde tout seulement de point de vue utilitaire, ainsi sa vie, résumée et organisée jusqu'à la monumentalité incomparable, n'est pas un sujet de joie, mais il en apprécie seulement ce qu'il a besoin". Bien qu'il ne soit pas le lieu d'expliquer la quantité de vérité contenue des affirmations présentés, il est important se souligner que l'opinion de S. Mehedinti les sactionne comme étant fausses ("rarement on a écrit chez nous et de nous des choses plus fausses" dit-il), il convient d'être nuancée, surtout en ce qui concerne l'opinion de D. Draghicescu et V. Pârvan.

[4] S. Mehedinti, op, cit,, p. 34-36.

[5] Strabo, VII, 4.

[6] Ibidem.

[7] S. Mehedinti, op. cit., p. 48.

[8] Ibidem, p. 63.

[9] Ibidem, p. 66.

[10] Ibidem, p. 79.

[11] Mircea Elide, Le destin de la culture roumaine, La Revue de Culture Roumaine "Destins", le Cahier no 6-7, Madrid, août, 1953, p. 23.

[12] lbidem, p. 26.

[13] Le Métropolite Dosoftei, Vers, tom. I, Editions critiques de N. A. Ursu, Bucarest, 1978, Psaume 92.

[14] Idem, Ps. 46.

[15] Idem, Ps. 47.

[16] Idem, Ps. 70.

[17] Geo Bogza, dans une mémorable tablette du "Contemporain", en parlant symboliquement de l'apparition d'Eminescu dans l'espace spirituel roumain, s'imagine une visite de Dieu, accompagné de Saint Pierre, chez un bon Roumain où il était bien reçu et honoré. Cela, il n'avait pas trouvé ailleurs. Comme signe de grâce, Dieu les a permis de "voir leur âme" et ainsi est né Eminescu.

[18] Simion Fl. Marian, Les Fêtes aux Roumains, tom. I, ch. V.

[19] Ibidem, p. 46.

[20] Cette chose est, dans une telle manière, déclarée par le Métropolite, lui-même, dans la prière au monarque (voire aussi l'Etude introductive de Al. Andriescu, aux éditions Oeuvres, tom. 1, 1978, p. XXXI). La liaison intime entre la versification du Métropolite Dosoftei et la versification populaire, même évidente, est bien prouvée de l'emploi de l'accent réel, comme élément définitoire de la versification populaire. Il est bien connu l'appréciation faite par Ion Bianu qui part des critères d'école: "Dosoftei n'a pas su que l'é1ément principal de la prosodie, dans la langue roumaine (comme dans les autres langues romaines) est l'accent tonique sur lequel s'appuient - et d'où dérivent comme consequences naturelles et nécessaires les deux autres: - l'égalité du nombre des syllabes et la rime". (Introduction à l'Edition du Psautier en vers de 1887, p. XVI). Elle a été assumée par d'autres historiens littéraires, bien que, comme observe N. A. Ursu dans l'introdnction de l'édition de 1978: "les vers de Dosoftei soient bien cursifs, chose donnée par l'emploi habile, dans des différentes structures rythmiques qu'il a employées de l'accent réel des mots. Dans le Psautier en vers et dans les autres oeuvres, Dosoftei prouve une vaste et subtile connaissance des languages populaires et de la langue roumaine littéraire jusqu'à lui".

[21] Constantin Noica, Pensées sur l'essence de la poésie, "Convorbiri literare" ("Conversations littéraires"), an LXXVI, 1943, no 1, p. 44-46, reproduite dans le volume: Istoricité et éternite, Ed. Capricorn, 1989.

[22] Dans "La parole ensemble sur le dire roumain", C.Noica parle de trois mots retenus par UNESCO pour un dictionaire international: "dor, doina et colinda" (la nostalgie, le chant triste et le noël).

[23] G. Friedrich, κήργζ dans Grande Lessico del Nuovo Testamento, tom. III, G. Kittel et G. Friedrich, Paideia, Brescia, 1977.

[24] S. Fl. Marian, op. cit., p. 10.

[25] P. Evdokimov, L'art de l'icône, une théologie de la beauté, Ed. Meridiane, 1993, p. 132.

[26] Ana Blandiana Villes et syllabes, Bucuresti, 1987, p. 190.

[27] "Ces oeufs s'appellent "peinés" parce qu'ils passent par plusieurs couleurs et ils passent plusieurs fois dans les mains de celui qui les colorent et les dessinent, ou, mieux parlant, parce qu'ils se torturent comme a été torturé Notre Seigneur Jésus-Christ" (S. Fl. Marian, op. cit., tom. II, p. 141).

[28] De plusieurs exemples possibles, voilà un: "ce bout d'étoffe qni est maculé par les couleurs où ont été colorés les oeufs, et plein de cire avec laquelle on a orné ceux-ci n'est pas brûlé, ni jété comme un objet inutile, mais il se met à côté de la grande brioche au fromage, pour être apportés à l'Eglise, pour y être bénis. Après avoir été béni, il doit être gardé toute l'année et on en enfume tous ce qui ont du mal aux dents ..." (Ibidem, p. 142).

[29] Le Métropolite Antim Ivireanul, Didahii (Les Prêches), dans Oeuvres, Edition critique et étude introductive par Gabriel Strempel, Bucuresti, 1972, p. 165.

[30] Ibidem, p. 165.

[31] Ibidem, p. 168 et 172.

[32] Il est vrai que dans une petite brochure de 90 pages, "L'enseignement de l'Eglise", parue à Tîrgoviste, en novembre 1710, on dévoile l'amertume spirituelle dûe à la manque de préparation et d'instruction des prêtres (La bibliogrqfie roumaine ancienne, I, p. 481, N. Serbanescu, Documents de l'époque d'Antim Ivireanul à Rîmnic, dans "Mitropolia Olteniei", XVIII, 1966, et N. Serbanescu, Le Métropolite Antim Ivireanul, dans la même revue, p. 738-739).

[33] Seulement le texte d'un discours funèbre prononcé à la mort de Sofronie Ciogole, en 1639, est arrivé chez nous, avant Antim (voir I. Bianu), Le catalogue des manuscrits roumains, I, Bucuresti, 1907, p. 375.

[34] Le Métropolite Antim Ivireanul, op, cit., p. 167.

[35] Le Métropolite Antim Ivireanul, op, cit., p. 73.

[36] lbidem, p. 156-157.

[37] Ibidem, p. 57-58.

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